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Adapter sa revue de littérature à sa discipline

Patrick KISULA 15 May 2026 5 min de lecture 71 vues
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Adapter sa revue de littérature à sa discipline

La bonne revue en santé n'est pas la même qu'en informatique, en sciences sociales ou en lettres. Chaque domaine a ses standards, ses bases de données et ses exigences propres. Ce guide vous oriente selon votre champ.

Pourquoi la discipline compte

Il n'existe pas de revue de littérature « universelle ». Les standards, les bases de données prioritaires, les types de sources valorisés et les conventions de reporting varient substantiellement d'un champ à l'autre. Ce qui est attendu en biomédecine — protocole préenregistré, PRISMA, recherche sur plusieurs bases, évaluation du risque de biais — est différent de ce qu'on attend en littérature comparée, en histoire ou en génie logiciel.

Ce qui est en revanche universel, c'est l'exigence de cohérence entre question, sources et méthode, et la transparence du corpus retenu. Quelle que soit la discipline, votre lecteur doit pouvoir comprendre pourquoi vous avez cherché là où vous avez cherché, pourquoi vous avez inclus ce que vous avez inclus, et ce que votre sélection dit et ne dit pas.

Santé et sciences biomédicales

C'est le domaine où les attentes méthodologiques sont les plus codifiées et les plus explicites. Une revue y est souvent jugée sur :

  • La qualité du protocole (idéalement enregistré sur PROSPERO avant le début de la recherche)
  • La transparence de la stratégie de recherche documentaire (au moins PubMed + une autre base, plus recherche de littérature grise)
  • L'évaluation du risque de biais des études incluses (outils RoB 2, ROBINS-I, outils JBI…)
  • La rigueur du reporting (PRISMA 2020 pour les revues systématiques, PRISMA-ScR pour les scoping reviews)

Bases prioritaires : PubMed, Europe PMC, Cochrane Library (gratuite pour les résumés), ClinicalTrials.gov, WHO ICTRP, registres nationaux d'essais.

Littérature grise : rapports d'agences sanitaires (HAS, WHO, CDC), thèses, actes de congrès, données non publiées. Le guide Grey Matters de la CADTH offre une excellente structure pour cette recherche.

Informatique, ingénierie et mathématiques

Ces domaines ont des particularités importantes :

  • Les actes de conférences ont autant de valeur que les articles de revues — parfois plus. Ne les ignorez pas.
  • arXiv est un point de passage incontournable pour les prépublications.
  • L'ACM Guide to Computing Literature est une source spécialisée forte pour l'informatique.
  • La tradition des systematic mapping studies est bien établie en génie logiciel : elle cartographie les types d'études disponibles sur un sujet sans nécessairement en faire une synthèse quantitative.
  • Les stratégies hybrides (base représentative + snowballing) offrent souvent un meilleur compromis entre précision et rappel qu'une seule source.

Si votre sujet touche à l'innovation technologique ou aux relations science-industrie, The Lens ajoute une couche précieuse en reliant la littérature savante aux brevets.

Sciences sociales, éducation, économie et politiques publiques

Ces domaines se distinguent par l'importance de la littérature grise : rapports publics, évaluations de programmes, working papers, documents d'organisations internationales. Une revue qui ignore ces sources risque de passer à côté d'une part substantielle des preuves disponibles, surtout lorsque l'enjeu porte sur des politiques publiques, des programmes d'intervention ou des contextes géographiques peu couverts par les revues internationales anglophones.

  • Campbell Collaboration — Revues systématiques en politique sociale, criminologie et éducation.
  • EPPI Centre — Approches variées de revue (systématiques, narratives, méta-ethnographiques).
  • ERIC — Indispensable en éducation.
  • SSRN et RePEc/IDEAS — Structurants en économie, gestion et sciences politiques.
  • Rapports institutionnels : Banque Mondiale, PNUD, UNESCO, OMS, organisations régionales.

Lettres, sciences humaines et sociales, droit

Dans ces champs, une revue solide combine souvent articles, livres, chapitres, sources primaires, corpus doctrinaux, jurisprudence ou archives, selon l'objet. La rigueur ne passe pas nécessairement par un diagramme PRISMA, mais par la justification du corpus : pourquoi telles langues ? Telles périodes ? Tels types de sources ? Telles éditions ? Ces frontières sont-elles adéquates pour répondre à la question posée ?

  • JSTOR — Revues, ebooks, images, sources primaires sur une même plateforme. Accès partiel gratuit.
  • OpenEdition Journals et OpenEdition Books — Précieux pour les SHS francophones.
  • HAL — Versions déposées en accès ouvert, notamment pour les chercheurs francophones.
  • SSRN — Working papers juridiques et en sciences sociales.
  • Google Scholar — Joue ici un rôle complémentaire fort, car il inclut des thèses, des livres, des opinions de jurisprudence et des brevets.

Le principe transversal : transparence du corpus

Quelle que soit votre discipline, la question que pose un évaluateur avisé est toujours la même : « Comment avez-vous décidé de chercher là et pas ailleurs ? » Cette question n'a pas de mauvaise réponse si votre choix est explicite, cohérent et proportionné à votre question.

Une revue en lettres qui dit « nous avons retenu les textes publiés en français et en anglais entre 1990 et 2020 dans des revues à comité de lecture ou des maisons d'édition académiques reconnues, à l'exclusion des manuels et des actes de colloques non publiés » est plus défendable qu'une revue qui prétend avoir tout lu sans dire comment.


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Patrick KISULA

Équipe Scholar