Deux moments pèsent plus que tous les autres : le début, qui installe une impression, et la fin, qui la confirme. Les deux se préparent mot à mot.
Avant tout : la phrase que le jury doit retenir
Avant de penser à votre introduction, écrivez votre message central : la phrase unique que chaque membre du jury devrait pouvoir répéter en sortant de la salle.
Jean-Luc Doumont insiste sur la différence entre un sujet et un message. Un sujet nomme ce dont on parle ; un message dit ce que l'auditoire doit en comprendre, sous forme de phrase complète (Doumont, 2009). « L'efficacité énergétique d'une station de pompage » est un sujet. Ce qui suit est un message.
Quelques exemples, construits pour l'illustration :
- Ingénierie : « Un variateur de vitesse sur la pompe principale réduit sa consommation de 22 %, pour un retour sur investissement de 14 mois. »
- Santé : « Dans notre échantillon de 312 enfants, l'anémie touchait un enfant sur trois, et deux fois plus en zone rurale. »
- Sciences de l'éducation : « Les enseignants interrogés n'utilisent pas la plateforme numérique, non par manque de compétences, mais faute de temps reconnu pour le faire. »
- Droit : « Le régime actuel protège le créancier mais laisse le petit exploitant sans recours effectif. »
Le test est simple. Si votre phrase ne contient ni verbe d'action ni résultat, c'est encore un sujet. Retravaillez-la jusqu'à ce qu'elle affirme quelque chose.
Les soixante premières secondes
Cette minute se prépare au mot près et s'apprend par cœur. C'est elle qui vous porte pendant que le trac retombe.
- Attendez le signal du Président. Regardez le jury, respirez une fois, puis commencez.
- Saluez selon l'usage de votre institution. Dans de nombreuses universités francophones, notamment en Afrique centrale, la formule protocolaire est attendue : « Monsieur le Président du jury, Mesdames et Messieurs les membres du jury, distingués invités… ». Ailleurs, un simple « Bonjour » suffit. Renseignez-vous.
- Présentez votre travail en une phrase : son titre et son encadrement.
- Accrochez avec le problème, sous une forme concrète : un chiffre, un fait, une situation. « Chaque année, cette usine perd l'équivalent de trois semaines de production à cause des arrêts non planifiés. »
- Annoncez le plan en une phrase. Pas de diapositive « Plan » pour un exposé de dix minutes : elle coûte trente secondes et n'apprend rien.
En soixante secondes, le jury doit savoir de quoi vous parlez, pourquoi cela compte, et où vous l'emmenez.

Les ouvertures à bannir
- S'excuser : « Je vais essayer d'être bref », « Excusez mon stress ». Vous annoncez une faiblesse avant d'avoir montré une force.
- Remercier longuement : famille, amis, camarades et encadreurs ont leur place dans le mémoire. À l'oral, une phrase au plus.
- Commencer par une définition de dictionnaire : le jury connaît le sens des mots de sa discipline.
- Partir de la nuit des temps : « Depuis toujours, l'homme cherche à… ». Chaque seconde compte, ne la donnez pas à l'Antiquité.
- Lire un titre de trois lignes mot à mot, les yeux sur l'écran.
La conclusion : boucler la boucle
Une bonne conclusion répond à la question posée dans l'introduction. Le jury doit sentir que le cercle se referme.
Elle suit cet ordre, en une à deux minutes :
- Rappelez la question de départ, en une phrase.
- Donnez la réponse : c'est votre message central, mot pour mot.
- Nommez votre apport. Indispensable en Master : « La contribution de ce travail est… ».
- Reconnaissez la limite principale, en une phrase. Le jury la connaît ; la nommer vous-même montre votre recul.
- Ouvrez sur une ou deux perspectives concrètes, pas une liste de dix pistes vagues.
- Clôturez selon l'usage : « Je vous remercie de votre aimable attention et reste à votre disposition pour vos questions. »
Une règle sans exception : aucune information nouvelle en conclusion. Un résultat qui apparaît pour la première fois dans la dernière minute n'a pas été défendu.
La dernière diapositive
La diapositive « Merci de votre attention », avec ou sans image, reste affichée pendant toute la séance de questions. Elle n'apprend rien à personne pendant de longues minutes.
Laissez plutôt à l'écran votre diapositive de conclusion : la question, la réponse, l'apport. Pendant que le jury formule ses questions, il a sous les yeux ce que vous voulez qu'il retienne.
Le test des trois phrases
Avant de concevoir la moindre diapositive, essayez de résumer votre mémoire en trois phrases : le problème, le résultat, ce que cela change. Si vous n'y parvenez pas, votre exposé sera flou, quel que soit le soin apporté aux diapositives. Si vous y parvenez, vous tenez votre introduction et votre conclusion.
À retenir
- Écrivez votre message central avant tout le reste : une phrase qui affirme un résultat.
- Apprenez par cœur la première minute : salutation, travail, problème concret, plan.
- Concluez en répondant à la question de départ, sans information nouvelle.
- Laissez la conclusion à l'écran pendant les questions.
Lire aussi : Des diapositives qui prouvent au lieu de réciter · Voix, regard, trac : parler à un jury sans lire
Références
Doumont, J.-l. (2009). Trees, maps, and theorems: Effective communication for rational minds. Principiae.
Crédits des images
Photo de couverture : Cristina Cerda sur Unsplash, licence Unsplash.
Illustration : réalisée pour cet article, Scholar ACAD.