Réussir sa défense de mémoire

Tenue et présence : ce que le jury voit avant de vous entendre

Patrick KISULA 21 octobre 2026 6 min de lecture 3 vues
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Non, 93 % de la communication n'est pas non verbale, et les postures de pouvoir ne marchent pas. Ce qui compte vraiment dans la tenue et la présence face au jury.

Avant votre première phrase, le jury vous a déjà vu entrer, vous installer, le regarder. Ce qu'il voit ne remplacera jamais ce que vous direz. Mais cela prépare la manière dont il va l'écouter.

D'abord, démonter deux mythes

Les conseils sur la « présence » circulent beaucoup. Deux d'entre eux, très répandus, ne résistent pas à l'examen.

« 93 % de la communication est non verbale »

Vous avez sûrement entendu la règle des « 7-38-55 » : 7 % du sens viendrait des mots, 38 % de la voix et 55 % du visage. Ces chiffres viennent d'expériences menées par le psychologue Albert Mehrabian à la fin des années 1960.

Mais ces expériences portaient sur un cas très particulier : la communication de sentiments et d'attitudes, lorsque les mots et le ton se contredisent. Mehrabian lui-même a précisé que ses équations ne s'appliquent pas en dehors de ce cadre (Mehrabian, 1981). Le chercheur en communication David Lapakko a montré comment cette généralisation abusive est devenue une véritable légende urbaine (Lapakko, 2007).

La conséquence pour votre défense est claire : ce sont vos mots et vos résultats qui portent le sens. Le non-verbal compte, mais pour une autre raison : il ne doit pas contredire ce que vous dites. Un résultat solide annoncé les yeux baissés, d'une voix hésitante, perd une partie de sa force.

« Une posture de pouvoir avant d'entrer vous rendra plus fort »

En 2010, une étude affirmait que tenir deux minutes une posture expansive (mains sur les hanches, par exemple) modifiait les hormones et la prise de risque (Carney et al., 2010). L'idée a fait le tour du monde.

Cinq ans plus tard, une équipe de l'Université de Zurich a refait l'expérience avec 200 participants. Aucun effet sur les hormones ni sur le comportement ; seulement un léger sentiment subjectif de puissance (Ranehill et al., 2015). En 2016, Dana Carney, première auteure de l'étude originale, a déclaré publiquement ne plus croire à la réalité de ces effets (Carney, 2016).

Vous pouvez vous tenir droit avant d'entrer ; cela ne fait pas de mal. Mais ne comptez pas sur une posture magique. Pour gérer le trac, il existe une technique mieux étayée, présentée dans l'article 9 de cette série.

Deux idées reçues sur la communication non verbale et ce qu'en dit la recherche
La règle des 93 % et les postures de pouvoir ne résistent pas à l'examen.

La tenue : le respect d'abord, le confort ensuite

Ici, aucune étude ne tranche : la tenue relève des usages, qui varient selon les pays et les institutions. Un principe vaut partout : votre tenue doit signifier que vous prenez ce moment au sérieux, puis s'effacer.

  • Pour les hommes : costume, ou veste et pantalon de ville, chemise ; cravate selon l'usage local.
  • Pour les femmes : tailleur, robe ou ensemble sobre ; chaussures fermées dans lesquelles vous tenez debout sans y penser.
  • Les tenues traditionnelles de cérémonie sont, dans de nombreux pays, tout aussi appropriées qu'un costume. Vérifiez l'usage de votre faculté.
  • Si votre institution impose une toge ou une tenue particulière, suivez la règle sans discussion.

À éviter : logos et inscriptions, couleurs criardes, accessoires qui tintent, parfum fort, chaussures neuves.

Essayez la tenue complète avant le jour J. Restez debout vingt minutes, levez le bras comme pour désigner l'écran. Ce qui gêne à la répétition gênera pendant la défense.

L'entrée et l'installation

  • Saluez en entrant, puis attendez d'être invité à vous installer.
  • Disposez sur la table votre exemplaire du mémoire, vos notes, un stylo et une bouteille d'eau. Rien d'autre.
  • Téléphone éteint ou en mode avion, et rangé.
  • Ne conversez pas avec vos proches dans le public. Pendant la défense, ils n'existent pas.

La posture

  • Debout, le poids réparti sur les deux pieds, face au jury.
  • Placez-vous à côté de l'écran, de sorte que vous puissiez le désigner d'un geste sans lui tourner le dos.
  • Mains visibles et libres : une télécommande ou rien. Pas de mains dans les poches, pas de bras croisés, pas de stylo qu'on fait tourner.
  • Quelques pas sont permis ; les allers-retours incessants ne le sont pas.
  • Pointez brièvement l'élément que vous commentez, puis revenez vers le jury. Un pointeur laser qui tremble attire l'œil sur votre trac, pas sur vos données.

Le visage pendant les critiques

C'est là que l'attitude se juge vraiment. Quand un membre du jury critique votre travail, votre visage répond avant votre bouche.

Gardez une expression neutre et attentive. Hochez légèrement la tête pour montrer que vous suivez, sans que cela signifie que vous approuvez. Bannissez les soupirs, les yeux levés au ciel, les sourires ironiques et les signes d'impatience. Ils sont vus, et ils sont retenus.

Ce que la tenue ne fera jamais

Une belle tenue ne compense pas une maîtrise insuffisante. Son rôle est plus modeste et plus utile : retirer une source de distraction. L'objectif est que le jury oublie votre apparence dans les deux premières minutes, pour ne plus penser qu'à votre travail.

À retenir

  • La règle des « 93 % non verbal » est une légende : ce sont vos mots et vos résultats qui portent le sens.
  • Les « postures de pouvoir » n'ont pas les effets qu'on leur prêtait.
  • La tenue relève de l'usage : formelle, sobre, confortable, puis oubliée.
  • Votre visage pendant les critiques compte autant que vos réponses.

Lire aussi : Voix, regard, trac : parler à un jury sans lire · La séance de questions

Références

Carney, D. R. (2016). My position on « Power Poses » [Déclaration publique]. Haas School of Business, University of California, Berkeley.

Carney, D. R., Cuddy, A. J. C., & Yap, A. J. (2010). Power posing: Brief nonverbal displays affect neuroendocrine levels and risk tolerance. Psychological Science, 21(10), 1363–1368.

Lapakko, D. (2007). Communication is 93% nonverbal: An urban legend proliferates. Communication and Theater Association of Minnesota Journal, 34. https://doi.org/10.56816/2471-0032.1000

Mehrabian, A. (1981). Silent messages: Implicit communication of emotions and attitudes (2nd ed.). Wadsworth.

Ranehill, E., Dreber, A., Johannesson, M., Leiberg, S., Sul, S., & Weber, R. A. (2015). Assessing the robustness of power posing: No effect on hormones and risk tolerance in a large sample of men and women. Psychological Science, 26(5), 653–656. https://doi.org/10.1177/0956797614553946

Crédits des images

Photo de couverture : Orhan Pergel sur Unsplash, licence Unsplash.
Illustration : réalisée pour cet article, Scholar ACAD.

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Patrick KISULA

Équipe Scholar