Le cœur qui bat, les mains moites, la gorge sèche : vous pensez qu'il faut vous calmer. La recherche suggère une meilleure stratégie. Et pour la voix et le regard, quelques règles simples suffisent.
Le trac : ne pas l'étouffer, le réinterpréter
Quand on demande à des personnes comment affronter l'anxiété avant une prise de parole, l'immense majorité répond : « Essayer de se calmer. » La psychologue Alison Wood Brooks, à Harvard, a testé une autre approche (Brooks, 2014).
Dans plusieurs expériences portant sur le chant, la prise de parole en public et les mathématiques, elle a demandé à certains participants de se dire simplement : « Je suis enthousiaste. » Comparés à ceux qui tentaient de se calmer, ils se sont sentis plus enthousiastes et ont mieux réussi. Dans l'exercice de prise de parole, leurs discours ont été jugés plus persuasifs, plus compétents et plus assurés.
L'explication est physiologique. Anxiété et enthousiasme sont deux états d'activation élevée : le cœur bat vite dans les deux cas. Passer de l'un à l'autre demande seulement de changer l'interprétation. Passer de l'anxiété au calme, en revanche, demande de faire baisser toute cette activation, ce qui est beaucoup plus difficile.

Une autre étude va dans le même sens. Des étudiants qui préparaient un examen d'entrée en études supérieures, le GRE, ont appris que l'activation physiologique peut améliorer la performance. Ils ont obtenu de meilleurs résultats en mathématiques que le groupe témoin, à l'examen d'entraînement puis à l'examen réel, un à trois mois plus tard (Jamieson et al., 2010).
En pratique, juste avant d'entrer, dites-vous, à voix basse ou dans votre tête : « Je suis enthousiaste de présenter ce travail. » Quand vous sentez votre cœur accélérer, interprétez-le comme de l'énergie disponible, pas comme un signal d'alarme.
Une précision d'honnêteté : ces effets ont été mesurés dans des conditions expérimentales, et ils restent modérés. Cette technique complète une bonne préparation ; elle ne la remplace pas.
Trois appuis le jour J
- La première minute apprise par cœur. Elle vous porte pendant que le trac retombe.
- Une respiration lente avant de commencer. Elle ne supprime pas le trac, mais elle pose la voix.
- Une bouteille d'eau à portée de main. Boire une gorgée est aussi une pause légitime pour retrouver ses idées.
La voix
- Parlez pour le dernier rang. Si le dernier membre du jury doit tendre l'oreille, il décroche.
- Ralentissez volontairement. Le stress accélère presque toujours le débit. Ce qui vous paraît trop lent sonne juste pour le jury.
- Marquez une pause après chaque résultat important. Deux à trois secondes de silence soulignent mieux qu'un adjectif.
- Tenez la fin des phrases. Beaucoup d'orateurs laissent tomber leur voix sur les derniers mots, souvent les plus importants.
- Variez l'intonation. Une voix monocorde épuise l'attention. La revue de Neil Bradbury sur l'attention le rappelle : ce qui fait varier l'attention d'un auditoire, c'est d'abord l'orateur (Bradbury, 2016).
- Chassez les tics verbaux : « euh », « donc », « voilà », « en fait ». Le remède est le silence : une pause vaut mieux qu'un « euh ». Enregistrez une répétition et comptez-les ; vous serez surpris.
Le regard
- Regardez les membres du jury, un par un, quelques secondes chacun, avec une attention particulière pour le Président.
- Ne fixez ni l'écran, ni vos notes, ni le plafond. Le regard vers l'écran ne sert qu'à désigner un élément, puis il revient au jury.
- Devant une salle nombreuse, balayez l'auditoire par zones, mais revenez toujours au jury : c'est lui qui évalue.
Le regard a une fonction pratique : il vous dit si le jury suit. Un sourcil froncé vous signale qu'il faut reformuler, un hochement de tête que vous pouvez avancer.
Parler sans lire
Lire un texte est la manière la plus sûre de perdre l'attention du jury, et de lui faire douter que vous maîtrisez votre sujet.
- Vos titres sont votre aide-mémoire. Si vous utilisez des titres-affirmations (voir l'article 5), il suffit de lire le titre, puis d'expliquer la preuve qui l'établit.
- Les notes, si vous en avez, tiennent en mots-clés : quelques mots par diapositive, sur des fiches ou dans les notes du mode présentateur.
- Ne récitez pas. Un texte appris par cœur se perd au premier trou de mémoire. Exercez-vous à expliquer chaque diapositive avec des mots différents à chaque répétition : vous maîtriserez les idées, pas les phrases. Seules la première minute et la dernière phrase s'apprennent mot à mot.
Les transitions
Annoncez chaque changement de partie : « Après le diagnostic, voyons les causes. » « Deuxième résultat. » Ces phrases très simples aident le jury à suivre votre plan, et vous aident à ne pas le perdre.
Quand vous perdez le fil
Cela arrive aux meilleurs. Arrêtez-vous, regardez le titre de la diapositive, et reprenez : « Je reprends. » Ne vous excusez pas longuement. Un silence de trois secondes vous paraît interminable ; pour le jury, il passe presque inaperçu.
À retenir
- Ne cherchez pas à vous calmer : réinterprétez le trac comme de l'enthousiasme.
- Parlez fort, lentement, et marquez des pauses après vos résultats.
- Regardez le jury, pas l'écran.
- Ne lisez jamais : maîtrisez les idées, pas un texte.
Lire aussi : Tenue et présence : ce que le jury voit avant de vous entendre · La séance de questions
Références
Bradbury, N. A. (2016). Attention span during lectures: 8 seconds, 10 minutes, or more? Advances in Physiology Education, 40(4), 509–513. https://doi.org/10.1152/advan.00109.2016
Brooks, A. W. (2014). Get excited: Reappraising pre-performance anxiety as excitement. Journal of Experimental Psychology: General, 143(3), 1144–1158. https://doi.org/10.1037/a0035325
Jamieson, J. P., Mendes, W. B., Blackstock, E., & Schmader, T. (2010). Turning the knots in your stomach into bows: Reappraising arousal improves performance on the GRE. Journal of Experimental Social Psychology, 46(1), 208–212.
Crédits des images
Photo de couverture : Thomas Le sur Unsplash, licence Unsplash.
Illustration : réalisée pour cet article, Scholar ACAD.